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Pharmacopée congolaise : dix plantes que les hommes utilisent encore

Le Poutoulou et le Mulondo n’ont pas poussé seuls. Ils viennent d’un pays où soigner un homme avec une racine, une écorce ou une graine ne surprend personne, où c’est resté un geste du quotidien plutôt qu’une curiosité de musée. Voici dix plantes de cette pharmacopée congolaise, avec leurs noms, leurs villages, et ce qu’on en fait vraiment. Deux d’entre elles portent aujourd’hui le nom d’une maison, Bakoya. Les huit autres, non, et elles n’en sont pas moins réelles.

Le Mulondo Kisantu de Bakoya, racine de Mondia whitei du Kongo Central, récoltée à la main puis séchée au soleil : quatre formats, du 25 g au 150 g. Expédié sous 24 h, colis neutre sans logo. Voir la fiche

Ce qu’on appelle la pharmacopée congolaise

Le mot pharmacopée fait peur avant même d’être compris. Il sonne savant, presque hospitalier, alors qu’il désigne une chose simple : l’ensemble des plantes qu’un peuple reconnaît comme remèdes, et la façon précise de les préparer. La pharmacopée congolaise n’est pas un livre unique ni une liste arrêtée. C’est un ensemble de savoirs qui varient d’une province à l’autre, d’une langue à l’autre, parfois d’un village à l’autre à quelques dizaines de kilomètres de distance seulement.

La mesurer donne le vertige. Dans le seul territoire de Lukula, au Kongo Central, une étude a recensé 301 espèces médicinales, la famille des légumineuses en tête. Au Bas-Congo, un autre inventaire a identifié 165 espèces botaniques réparties en 138 genres et 56 familles, sur 195 plantes médicinales enregistrées. Entre Kisantu et Mbanza-Ngungu, deux territoires du même Kongo Central, une enquête menée entre 2017 et 2019 auprès de 188 phytothérapeutes a recensé 231 plantes, dont 227 formellement identifiées. Même à Kinshasa, ville de plusieurs millions d’habitants où l’on pourrait croire la forêt oubliée, le seul district de Mont-Amba compte 47 espèces médicinales répertoriées.

Ces chiffres ne disent pas la même chose que le mot tradition tout seul. Ils disent que ce savoir est vivant, daté, mesurable, et qu’il continue d’être interrogé par des chercheurs congolais sur le terrain, pas seulement raconté par des grands-parents. L’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique avance qu’environ 80 % de la population congolaise a recours à la médecine traditionnelle en premier lieu, avant, et souvent à la place, d’une pharmacie de ville. Ce n’est pas un supplément de confort. Pour l’immense majorité des Congolais, c’est le premier geste de soin.

La pharmacopée congolaise n’existe pas isolément. Elle appartient à un ensemble plus large, celui de la médecine traditionnelle africaine, avec laquelle elle partage des plantes, des logiques de préparation, parfois des noms qui traversent les frontières sans qu’on s’en aperçoive. Dix plantes ne peuvent pas résumer un pays aussi vaste que l’Europe de l’Ouest, avec ses centaines de langues et ses climats qui vont de la forêt équatoriale aux savanes du Katanga. Mais dix plantes, bien choisies et bien nommées, donnent une idée juste de ce que cette pharmacopée africaine couvre depuis longtemps : la virilité, la fièvre, la toux, la digestion, la faim qui ne vient plus, la plaie qui ne se ferme pas. Deux de ces dix plantes portent aujourd’hui le nom de Bakoya sur un sachet. Les huit autres appartiennent à tout le monde, et c’est très bien ainsi.

Comment un savoir se transmet sans être écrit

Aucune de ces dix plantes n’a d’abord existé dans un livre. Pendant des générations, ce savoir a voyagé par la bouche, le geste, l’exemple : une mère qui montre à sa fille quelle feuille cueillir contre la fièvre d’un enfant, un vieil homme qui explique à son neveu pourquoi il faut attendre que l’écorce sèche trois jours et pas deux. Rien de tout cela n’était noté. Tout devait rester dans la mémoire de quelqu’un, et s’y transmettre avant que cette mémoire ne s’éteigne.

Ce mode de transmission a un nom en RD Congo : le tradipraticien. C’est la personne du village, ou du quartier en ville, à qui l’on demande conseil avant, parfois à la place, d’un centre de santé. L’enquête menée à Kisantu et Mbanza-Ngungu dessine son portrait moyen : un homme dans près de six cas sur dix, marié, avec plus de dix ans d’expérience dans huit cas sur dix, souvent formé à l’école primaire ou secondaire plutôt qu’à l’université. Ce n’est pas un mystique coupé du monde. C’est un professionnel du village, reconnu comme tel, qui a appris ce qu’il sait d’un autre professionnel du village, avant lui.

La fragilité de ce système saute aux yeux dès qu’on y réfléchit une minute. Un savoir qui ne vit que dans une tête disparaît avec cette tête, si personne n’a pris le temps de l’apprendre avant. C’est exactement ce qui a poussé, en 2011, le ministère de la Santé publique de RD Congo à publier La Pharmacopée traditionnelle congolaise, un recueil de 126 monographies de plantes couvrant tout le pays, porté par la division chargée de la promotion des plantes médicinales. Pour la première fois, une partie de ce qui circulait uniquement de bouche à oreille se retrouvait fixée sur le papier.

Un autre lieu illustre la même idée, plus au sud, dans le territoire de Luozi. Le Centre de recherche pharmaceutique de Luozi y travaille depuis 1980, fondé par le docteur Étienne Flaubert Batangu Mpesa. Depuis 1987, son équipe teste systématiquement des traitements contre le paludisme et cherche à revaloriser la pharmacopée locale. L’un de ses premiers travaux a confirmé l’efficacité d’un vermifuge tiré d’une plante appelée kizu dans le Manianga, la région qui entoure Luozi. Ce que ce centre fait à petite échelle depuis plus de quarante ans, l’écrire, le tester, le documenter, c’est aussi ce que cet article tente de faire à sa mesure, pour dix plantes parmi des centaines.

Ce qui n’a jamais changé, en revanche, c’est le dernier mètre de la transmission. Un livre donne un nom et une famille botanique. Il ne donne pas le geste exact : combien de temps sécher une écorce, à quel moment de la journée cueillir une feuille, comment reconnaître au nez qu’une racine a gardé sa force. Ce dernier mètre-là continue de se transmettre comme il y a cent ans. Une personne à la fois.

Les dix plantes

Elles ne sont pas classées par importance, ni par popularité. Elles suivent plutôt une carte : du Kongo Central au Katanga, de la ville à la savane, de la racine qu’on boit à la graine qu’on mâche. Deux portent le nom d’un produit Bakoya. Les huit autres n’en ont pas besoin pour être vraies.

Le Mondia whitei, la racine de l’élan

À Kisantu, dans le Kongo Central, une liane grimpe le long des arbres à la recherche de la lumière, pendant que sous terre, sa racine s’épaissit et se charge de fibres. C’est cette racine que l’on récolte pour l’usage masculin, la partie où le parfum et la matière se concentrent. En lingala et en kikongo, on l’appelle mulondo. Ailleurs, elle change de nom presque à chaque frontière : mukombero au Kenya, kimbiolongo dans le reste du bassin du Congo, gondolosi au Malawi, uMondi en zoulou, muungulawa chez les Venda d’Afrique du Sud. En France, un vendeur préfère parfois racine kankan, ginseng africain, ou gingembre blanc, trois noms commerciaux qui ne disent rien de son origine réelle. Dix noms, une seule plante : Mondia whitei, une liane de la famille des Apocynacées.

Son parfum surprend avant tout le reste. Une attaque de gingembre, franche, presque piquante, puis un fond de vanille qui s’installe et qui ne trompe pas. Cette vanille n’est pas ajoutée : la racine développe naturellement de l’isovanilline et d’autres aldéhydes aromatiques en séchant.

Son usage pour l’érection, l’envie, l’énergie et l’endurance est reconnu depuis des générations dans plusieurs régions d’Afrique centrale et de l’Est. De ces dix plantes, c’est l’aphrodisiaque africain le mieux documenté : les enquêtes de terrain la nomment, les laboratoires ont décrit comment elle travaille. Une enquête menée en 2017 et 2019 auprès de 188 phytothérapeutes de Kisantu et Mbanza-Ngungu la cite parmi les plantes utilisées contre les difficultés d’érection, aux côtés de dizaines d’autres espèces recensées dans la même région. C’est cette racine que Bakoya a choisi de vendre sous le nom de Mulondo Kisantu, en cure de trois semaines. Notre guide complet du Mulondo revient en détail sur chacun de ses dix noms et sur la façon de reconnaître une bonne racine.

L’écorce d’Ankoro, au Katanga

À des centaines de kilomètres de Kisantu, à l’autre bout du pays, se trouve un village qu’aucune carte touristique ne mentionne : Ankoro, au Katanga, dans le sud-est de la RD Congo. On y récolte une écorce riche en tanins, qu’on sèche puis qu’on réduit en poudre selon un geste transmis de main en main, dans le village même. Bakoya en documente l’origine, la récolte et l’usage, plutôt que de lui coller un nom latin qui rassurerait sans rien prouver.

Ce que cette poudre contient, en revanche, se mesure : des tanins, les mêmes composés que l’on retrouve dans le thé noir ou le vin rouge, connus pour resserrer les tissus au contact. La poudre qui en sort est brune, parfois plus claire selon le lot, et elle sent le bois sec plutôt qu’un parfum ajouté. Une pincée suffit à chaque usage : on la délaye avec un peu d’eau jusqu’à obtenir une pâte, on l’applique, et on rince avant le rapport.

Son usage reste strictement externe. On l’applique sur le gland environ une heure et demie avant le rapport, puis on rince. Son efficacité contre l’éjaculation précoce est reconnue depuis des générations dans la région. Contrairement à la racine de Kisantu, qui se boit et travaille le corps dans la durée, l’écorce d’Ankoro agit à la surface, sur un moment précis. Les deux plantes viennent du même pays, mais elles n’appartiennent pas à la même famille de gestes. C’est cette écorce que Bakoya vend sous le nom de Poutoulou Ankoro.

Le kolatier et la noix de cola

Le kolatier n’est pas d’abord un arbre de la pharmacie. C’est un arbre de la politesse. En lingala, sa noix s’appelle makasu. En kikongo, on dit nkasu, parfois makazu. Offrir une noix de cola à un invité, dans une bonne partie de l’Afrique centrale, revient à lui souhaiter la bienvenue. La partager scelle un accord ou une réconciliation, avant même que quiconque songe à ses vertus pour la santé.

Ces vertus existent pourtant. La noix, mâchée crue, contient de la caféine, de la théobromine et un alcaloïde propre à la plante, la kolanine : de quoi expliquer l’effet tonique et légèrement stimulant que lui reconnaissent des générations de mâcheurs, du routier qui veille tard au vieil homme qui préside une palabre. On l’utilise aussi, plus discrètement, contre les diarrhées, en noix crue.

L’arbre pousse dans les forêts humides d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, RD Congo comprise, et ses noix, rouges, roses ou presque blanches selon les variétés, se vendent sur presque tous les marchés du pays, en petits tas comptés à l’unité plutôt qu’au poids. Ce qui distingue le kolatier des neuf autres plantes de cette liste, c’est cette double vie. Il soigne, mais il sert d’abord à dire quelque chose entre deux personnes.

Le gingembre, partout et pour tout

À Kinshasa, on ne dit presque jamais gingembre. On dit tangawisi, un mot venu du swahili qui s’est imposé en lingala au fil des marchés. C’est la racine la plus consommée de la capitale, loin devant les neuf autres plantes de cette liste, parce qu’elle sert à tout : à la cuisine, à la boisson, et à la pharmacie familiale du quotidien.

Contre la diarrhée légère, on l’associe souvent à des feuilles de goyavier en décoction. On lui reconnaît aussi des propriétés antibactériennes, anti-inflammatoires et antiparasitaires. Une étude menée à Kinshasa sur les produits à base de tangawisi vendus en ville a recensé une quarantaine de plantes différentes entrant dans leur fabrication, réparties en six familles de produits, la racine de gingembre restant l’ingrédient central de chacun. Certaines vendeuses préparent leur jus sur les marchés, comme celui de Bitanda, dans des bouteilles récupérées, selon une recette qu’elles ne partagent avec personne.

Le gingembre n’a pas la précision d’usage d’une écorce d’Ankoro ou d’une racine de Kisantu, chacune réservée à un besoin précis. Il a l’inverse : une réputation large, presque universelle, qui va du rhume à la digestion en passant par la vigueur générale de l’homme fatigué. C’est la plante généraliste de cette liste, celle qu’on trouve dans la cuisine avant de la trouver dans un sachet de remède.

Le moringa, l’arbre du quotidien

Le moringa n’est pas originaire du Congo. La plante vient d’Inde, du pied de l’Himalaya, et son entrée dans la pharmacopée congolaise est récente, à peine une vingtaine d’années. Elle mérite pourtant sa place dans cette liste, parce qu’elle montre que cette pharmacopée n’est pas un musée fermé. Elle continue d’adopter ce qui fonctionne, d’où que ça vienne.

L’arbre pousse aujourd’hui spontanément au Kongo Central, autour de Lubumbashi, dans les jardins qui bordent Kinshasa, et il occupe une place particulière dans le Kivu, à l’est du pays. Un arbre de moringa pousse vite, résiste à la sécheresse et se taille comme un arbuste de jardin, ce qui explique pourquoi tant de familles en gardent un pied près de la maison plutôt que d’aller le chercher en forêt. Ce sont ses feuilles, séchées puis réduites en poudre, qui sont utilisées, mélangées à la bouillie ou à la sauce plutôt que prises à part comme un remède isolé.

Depuis 2018, l’Institut national de recherche biomédicale et les programmes de l’OMS Afrique documentent son usage dans des centres de santé communautaires, en particulier contre la malnutrition infantile et pendant la convalescence après un paludisme. C’est peut-être la plante la plus quotidienne des dix : personne ne la réserve à une occasion précise. Elle se mange, simplement, plus souvent qu’elle ne se prescrit.

Le baobab et sa pulpe

Le baobab ne pousse pas n’importe où dans le pays. On le trouve dans les zones plus sèches et plus ouvertes, du côté du Kongo Central ou du Katanga, rarement au cœur de la forêt équatoriale qui occupe le centre du pays. En lingala, on l’appelle zelo. Plus à l’est, dans les régions swahiliphones, on dit mbuyu.

C’est sa pulpe, la chair blanche et farineuse qui entoure les graines à l’intérieur du fruit, que l’on utilise le plus. Mélangée à de l’eau, elle sert contre la fièvre et les troubles digestifs. Elle est riche en vitamine C et en calcium, une qualité que les familles connaissaient bien avant qu’un laboratoire ne la mesure. L’écorce, les feuilles et les graines ont aussi leurs usages propres, mais c’est la pulpe qui reste la porte d’entrée la plus commune.

Dans les villages qui bordent la savane, casser un fruit de baobab à la machette, en extraire les graines à la main et racler la pulpe sèche au fond de la coque, reste un geste que les enfants apprennent tôt, souvent avant de savoir lire. Le baobab lui-même peut vivre plusieurs siècles, avec un tronc si large que plusieurs hommes n’en font pas le tour les bras tendus. Un baobab planté par une génération donne encore ses fruits, ses feuilles et son écorce à celles qui suivent.

Le Garcinia kola, le petit cola

Au Kongo Central, on l’appelle ngadiadia. Ailleurs, on dit simplement petit cola, pour le distinguer de la grosse noix du kolatier, à laquelle il ne ressemble que par le nom et par une amertume comparable. La graine, mâchée telle quelle, a un goût que personne n’oublie une fois qu’il l’a connu : amer d’abord, puis chaud, presque poivré en fin de bouche.

C’est justement contre la gorge et les bronches qu’on la mâche le plus souvent : toux, rhume, mal de gorge, débuts de bronchite. L’enquête menée à Kisantu et Mbanza-Ngungu la cite pour deux usages plus inattendus, l’épilepsie et la laryngite, ce qui rappelle que cette pharmacopée déborde largement des seuls troubles digestifs ou masculins. On lui prête aussi, dans plusieurs régions d’Afrique centrale, une réputation de stimulant pour l’homme, une réputation ancienne qui accompagne presque toutes les graines amères du continent.

On la trouve sur les marchés en petits sachets de plastique noué, vendue à la poignée plutôt qu’au gramme, à côté des piments et des noix de cola classiques. L’amertume, ici, n’est pas un défaut à masquer. C’est le signe que la graine est fraîche et n’a rien perdu de sa force. Une graine trop douce, sans mordant en bouche, a probablement trop vieilli sur l’étal.

Le papayer, feuilles et graines

Le papayer donne un fruit que tout le monde connaît, mais dans la pharmacopée congolaise, ce n’est presque jamais le fruit mûr qui sert de remède. On l’appelle pai-pai en swahili comme en lingala, mutshi wa tshipayi ou simplement payi en tshiluba, et dilolo dans le Mayombe, la région forestière du Kongo Central où vit le peuple yombe. Le papayer pousse vite, en quelques mois, dans presque toutes les cours du pays, ce qui en fait l’un des rares remèdes de cette liste qu’une famille peut cultiver elle-même plutôt que d’aller chercher au marché ou en forêt.

Les relevés ethnobotaniques citent les feuilles fraîches, en infusion, dans les préparations traditionnelles contre la fièvre. Bouillies avec les racines et adoucies au miel, elles calment la toux et les débuts de bronchite. Les graines noires, elles, se gardent pour un tout autre usage : broyées, séchées ou mâchées telles quelles, elles servent de vermifuge, grâce à une enzyme, la papaïne, qui agit directement sur les parasites intestinaux.

Une seule plante, donc, mais deux pharmacies distinctes selon qu’on ouvre le fruit ou qu’on cueille la feuille. C’est une leçon que cette liste répète plante après plante : savoir utiliser une plante ne se limite jamais à connaître son nom. Il faut aussi savoir quelle partie prendre, et pour quoi.

Le tamarinier

Le tamarinier préfère, lui aussi, les régions plus sèches du pays, la même logique que le baobab : on le trouve davantage vers le nord et vers les savanes qu’au cœur de la forêt dense. Son fruit, une gousse brune remplie d’une pulpe acide collée à de grosses graines, sert depuis longtemps de laxatif doux et de remède contre la fièvre dans toute la zone sahélienne et soudanienne qui borde l’Afrique centrale.

L’écorce et les feuilles ont leur propre usage, tourné vers les plaies qui peinent à cicatriser. Au Congo-Brazzaville, de l’autre côté du fleuve, les feuilles de tamarinier sont documentées en application locale contre la varicelle, un usage précis qui montre que chaque partie de la plante garde son emploi propre, sans se confondre avec les autres.

Un enfant qui grimpe cueillir des gousses de tamarinier ne pense pas à un remède. Il pense à un fruit acide qui pique la langue, et c’est très bien ainsi. Le reste, l’usage contre la fièvre ou pour les plaies, vient avec l’âge et l’expérience, transmis comme le reste de cette liste. La pulpe se suce telle quelle, se dilue en jus, ou parfume une sauce : la frontière entre l’assiette et la pharmacie n’a jamais été bien nette ici.

Le piment, remède et cuisine

Le piment se dit pili-pili dans une grande partie du pays, un mot qui a traversé les frontières linguistiques plus vite que presque tout le reste de cette liste. Impossible, en RD Congo, de séparer complètement le pili-pili de la cuisine : il est de tous les plats, du poisson braisé à la sauce feuille de manioc.

Il n’en reste pas moins une plante de la pharmacopée. L’enquête menée à Kisantu et Mbanza-Ngungu le mentionne contre les hémorroïdes et les rhumatismes, appliqué localement plutôt qu’avalé. Il entre aussi dans des préparations composées, mélangé à d’autres épices comme la maniguette ou le poivre noir, selon des recettes que chaque tradipraticien ajuste à sa façon. Un sac de piments séchés se garde des mois entiers sans perdre sa force, ce qui en fait, avec le gingembre, l’une des deux plantes de cette liste les plus faciles à transporter loin de sa région d’origine.

Cette dernière plante ferme la liste sur une idée simple, qui vaut pour les neuf autres autant que pour elle : dans la pharmacopée congolaise, la cuisine et le remède ne vivent jamais dans deux pièces séparées. Plusieurs de ces plantes passent de la cuisine aux préparations familiales sans changer de statut.

Ce que ces plantes ont en commun

Dix plantes, cinq régions, huit langues différentes pour les nommer. Et pourtant, une fois qu’on les pose côte à côte, elles se ressemblent par quatre traits. Ces quatre traits disent quelque chose d’important sur toute cette pharmacopée.

Elles portent toutes un nom précis, jamais le mot vague plante africaine. Ankoro est un village du Katanga. Kisantu est une localité du Kongo Central. Le Mayombe est une forêt qu’on peut situer sur une carte. Cette précision n’a rien d’anecdotique : elle permet de vérifier ce qu’on achète, et à qui cet achat profite. Un vendeur qui écrit seulement racine africaine sur une étiquette n’a probablement jamais mis les pieds là où sa racine pousse.

Elles se consomment presque toujours entières, jamais réduites à une seule molécule isolée en laboratoire. Une racine de Mulondo garde ses fibres. Une écorce d’Ankoro garde ses tanins bruts. Un chercheur peut ensuite expliquer pourquoi telle plante agit, en isolant tel composé, mais ce travail arrive après des générations d’observation, pas avant. L’usage a précédé la molécule, pas l’inverse.

Elles ne connaissent pas la frontière stricte entre la cuisine et la pharmacie, qui sépare si nettement les deux dans une pharmacie française. Le kolatier se mâche en cérémonie. Le tamarin se suce comme un bonbon acide. Le gingembre parfume une sauce avant de soigner une gorge. Rien de tout cela n’est rangé dans une armoire à part.

Et elles se transmettent toutes de la même façon : par une personne, jamais par une notice. Un père montre à son fils. Une mère montre à sa fille. Un tradipraticien montre à son apprenti. C’est lent, c’est fragile, ça peut se perdre en une génération si personne ne prend le relais. Mais c’est aussi ce qui donne à chacune de ces dix plantes un poids que n’a pas un comprimé sorti d’une boîte anonyme.

Le rapport au temps : la cure contre la pilule

Une pharmacie occidentale répond en général à une logique de vitesse : un comprimé, une molécule isolée, une dose précise, un effet qui commence en une heure et s’arrête quelques heures plus tard. Cette logique fonctionne bien pour une douleur brutale ou une infection aiguë. Elle explique mal, en revanche, comment ces dix plantes congolaises sont utilisées depuis toujours.

Ici, le temps se compte en jours, parfois en semaines, rarement en heures. On mâche du petit cola tous les matins, pas une fois pour voir. On boit du tangawisi en tisane régulière, pas en une seule dose d’urgence. On prend le Mulondo Kisantu matin et soir, pendant trois semaines, quarante-deux prises au total, parce qu’un terrain qui s’est affaibli sur des mois ne se retravaille pas en une soirée. Ce n’est pas de la lenteur faute de mieux. C’est une autre logique, construite sur l’idée qu’un corps se soigne comme un sol qu’on nourrit, pas comme une machine qu’on répare d’un geste.

Le Poutoulou Ankoro, à l’inverse, montre que cette même pharmacopée sait aussi répondre à l’instant précis, quand la situation l’exige : une pose d’une heure et demie, un rinçage, et le rapport qui suit s’en trouve changé le soir même. Les deux logiques cohabitent dans la même tradition, parfois dans les mêmes mains. La cure de fond pour ce qui s’est installé lentement. Le geste ponctuel pour ce qui se joue en une soirée.

Ce que cette pharmacopée n’a jamais fait, c’est confondre les deux. Un problème de plusieurs mois ne se résout pas avec un geste d’un soir. Un rendez-vous du soir ne se prépare pas trois semaines à l’avance. La sagesse, ici, tient moins dans les plantes elles-mêmes que dans le fait de savoir laquelle correspond à quel rythme.

Ce que l’Europe redécouvre depuis vingt ans

Il y a quelque chose d’ironique à voir une pulpe de baobab vendue quinze euros les deux cents grammes dans une boutique bio parisienne, alors qu’elle se ramasse depuis toujours, presque gratuitement, dans les villages qui bordent la savane congolaise. Le 27 juin 2008, la Commission européenne a autorisé, par la décision 2008/575/CE, la pulpe séchée de baobab comme nouvel ingrédient alimentaire sur le marché européen. La demande avait été déposée deux ans plus tôt par une organisation, PhytoTrade Africa, auprès des autorités britanniques. Il aura fallu ce parcours administratif pour qu’un fruit connu en Afrique depuis des siècles obtienne le droit de figurer sur une étiquette européenne.

Le moringa a suivi un chemin voisin. Devenu, en une quinzaine d’années, l’un des mots préférés du rayon superaliments des magasins bio européens, il est aujourd’hui vendu en poudre, en gélules, en infusettes, souvent sans qu’un mot ne rappelle qu’il pousse aussi dans un jardin de Kinshasa ou du Kivu, entretenu par une famille qui ne l’a jamais appelé superaliment.

Le Mondia whitei, lui, intéresse une autre communauté : celle des chercheurs en pharmacologie. Depuis le début des années 2000, plusieurs équipes, souvent africaines elles-mêmes, ont publié des travaux sur son mécanisme d’action : stimulation de la production de testostérone, relâchement du muscle lisse qui permet l’érection, amélioration de la mobilité des spermatozoïdes en conditions de laboratoire. Une synthèse parue dans le Journal of Dietary Supplements en 2012 rassemble une partie de ces travaux sous le titre de propriétés aphrodisiaques et antidépressives de la plante. Une partie de ces travaux s’appuie encore sur des modèles animaux, une étape courante avant les essais chez l’homme, qui viendront documenter avec les outils du laboratoire ce que des générations d’hommes ont déjà observé sur eux-mêmes, à Kisantu et ailleurs.

Ce que l’Europe appelle une découverte est donc rarement une découverte. C’est plus souvent un rattrapage : la science qui vient mesurer, des décennies ou des siècles plus tard, ce qu’un savoir oral avait déjà validé par l’expérience répétée de milliers d’hommes et de femmes.

Reconnaître une plante bien préparée, quelle qu’elle soit

Une écorce, une racine ou une graine bien préparée se reconnaît avant même de servir, à condition de savoir où regarder. Trois sens suffisent : l’œil, le nez, et le bout des doigts.

L’odeur trahit tout en premier. Une racine de Mulondo fraîche sent le gingembre puis la vanille, parce qu’elle contient encore sa vanilline naturelle. Une racine muette, sans parfum, a perdu sa force en chemin, mal séchée ou trop vieille. Une écorce d’Ankoro sent le bois sec et la terre, jamais un parfum ajouté qui viendrait masquer autre chose. Une graine de petit cola encore fraîche pique le nez d’une note amère et légèrement poivrée.

La couleur, ensuite, doit rester naturelle et peut varier d’un lot à l’autre. C’est plutôt bon signe. Une poudre parfaitement uniforme, d’une régularité industrielle, ressemble davantage à un mélange standardisé qu’à une récolte réelle, qui dépend du sol, de la saison, de la pluie tombée cette année-là.

La texture, enfin, dit quelle partie de la plante on tient réellement en main. Des fibres visibles dans une poudre de racine montrent qu’elle vient d’un vrai broyage artisanal, pas d’un tamisage industriel qui uniformise tout. Une graine de petit cola doit rester dure sous la dent avant qu’on la mâche, jamais molle ni friable.

Le signal le plus fiable, avant même d’ouvrir le sachet, reste le nom. Une plante qu’on peut situer sur une carte, avec un village, une province, une langue pour la nommer, engage celui qui la vend. Une poudre africaine sans autre précision n’engage personne, et c’est souvent le premier indice que personne, justement, ne sait vraiment d’où elle vient.

Les deux plantes que nous avons choisi de vendre, et pourquoi celles-là

Parmi ces dix plantes, et les centaines d’autres que cette pharmacopée compte encore, Bakoya en vend deux : le Mulondo Kisantu et le Poutoulou Ankoro. Ce choix mérite une explication, parce qu’il n’a rien d’un hasard ni d’un classement de valeur.

Ce n’est pas que les huit autres comptent moins. Le kolatier scelle des amitiés depuis plus longtemps qu’aucune boutique n’existe. Le moringa nourrit des enfants que la malnutrition menaçait. Le baobab a traversé des siècles avant qu’un règlement européen ne le remarque. Chacune de ces plantes tient sa place dans la vie de millions de personnes, sans avoir besoin d’un sachet Bakoya pour exister.

Mais une maison qui veut garantir une origine précise, saison après saison, ne peut pas défendre deux cents plantes à la fois. Elle peut en défendre deux, et bien. Le Mulondo Kisantu répond à un besoin précis, l’érection, l’envie, l’énergie et l’endurance, avec une racine qu’on peut situer dans une localité du Kongo Central, préparée selon une cure de trois semaines qui a un début et une fin. Le Poutoulou Ankoro répond à un autre besoin, tout aussi précis, l’éjaculation précoce, avec une écorce qu’on peut situer dans un village du Katanga, préparée pour un usage externe qui a son propre mode d’emploi. Deux plantes, deux gestes, deux régions qu’on peut nommer sans détour.

Les huit autres plantes de cette liste, le kolatier, le gingembre, le moringa, le baobab, le petit cola, le papayer, le tamarinier, le piment, servent surtout d’autres usages : la cuisine, la fièvre, la digestion, la toux, la vie de tous les jours plus que le couple. Certaines, comme le moringa ou le baobab, sont déjà vendues partout, sans qu’aucune origine précise ne les distingue plus d’une boutique à l’autre. D’autres, comme le kolatier ou le piment, appartiennent d’abord à la cuisine et à la vie sociale, pas au besoin que Bakoya cherche à servir.

C’est cette logique, plus qu’une préférence, qui explique pourquoi le catalogue s’arrête à deux plantes : le Mulondo Kisantu, à boire matin et soir, et le Poutoulou Ankoro, à appliquer avant le rapport. Pour comparer les deux en détail et savoir lequel correspond à votre situation, notre article Poutoulou ou Mulondo répond point par point.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la pharmacopée congolaise, en une phrase ?

C’est l’ensemble des plantes que les peuples de RD Congo reconnaissent comme remèdes, avec la façon précise de les préparer et de les utiliser, un savoir qui varie d’une province à l’autre et qui continue de se transmettre aujourd’hui, pas seulement dans les livres d’histoire. Elle couvre des centaines d’espèces selon les régions étudiées, de la fièvre à la digestion en passant par la vigueur masculine, et environ 80 % de la population du pays y a recours en premier lieu, avant même de songer à une pharmacie de ville. En Europe, on rangerait ce savoir sous l’étiquette de médecine alternative, un mot qui suppose qu’il existe ailleurs une médecine principale à laquelle il faudrait se comparer. En RD Congo, pour la majorité de la population, ce n’est l’alternative à rien du tout : c’est le premier recours, celui qu’on connaît, qu’on a sous la main, et qui a fait ses preuves dans la famille avant même de songer à un centre de santé.

Ces dix plantes ne poussent-elles qu’en RD Congo ?

Non, la plupart poussent dans une bonne partie de l’Afrique centrale et parfois bien au-delà : le baobab jusqu’au Sénégal, le tamarinier jusqu’en Afrique de l’Est et en Asie, le gingembre sur plusieurs continents. Ce qui change d’une région à l’autre, ce n’est pas toujours la plante elle-même, c’est son nom, la partie qu’on utilise, et le geste précis de préparation. Le Mondia whitei, par exemple, pousse aussi au Kenya sous le nom de mukombero, et en Afrique du Sud sous le nom d’uMondi, avec des usages qui se recoupent sans être identiques. L’écorce d’Ankoro, en revanche, reste associée à une région bien plus resserrée, le Katanga, ce qui explique pourquoi Bakoya insiste autant sur ce seul village plutôt que de parler d’une écorce africaine générique.

Pourquoi tant de ces plantes ont-elles plusieurs noms différents ?

Parce que la RD Congo compte plus de deux cents langues, et que chaque groupe qui a rencontré une plante lui a donné un nom dans sa propre langue, bien avant qu’un botaniste ne lui attribue un nom latin unique. Le Mondia whitei en cumule à lui seul une dizaine, du mulondo lingala au gondolosi malawite. Ce n’est pas une confusion : c’est plutôt la preuve qu’une plante a été rencontrée, testée et adoptée par des peuples différents, chacun à sa façon. Un nom botanique comme Mondia whitei sert justement à s’assurer, par-dessus cette diversité de noms locaux, que deux personnes parlent bien de la même plante quand elles en discutent.

Laquelle de ces dix plantes est l’aphrodisiaque africain le mieux documenté ?

Le Mondia whitei, et l’écart avec les neuf autres est net. Le petit cola et le gingembre traînent depuis longtemps une réputation de stimulant masculin, appuyée sur quelques travaux seulement. La racine de Kisantu, elle, a été suivie. L’enquête menée en 2017 et 2019 auprès de 188 phytothérapeutes du Kongo Central la cite nommément contre les difficultés d’érection. Plusieurs équipes de pharmacologie, souvent africaines, ont décrit son travail sur la testostérone, sur le muscle lisse qui commande l’érection, sur la mobilité des spermatozoïdes ; une synthèse parue en 2012 dans le Journal of Dietary Supplements les réunit sous le titre de propriétés aphrodisiaques et antidépressives. Ajoutez la géographie : de Kakamega à Blantyre, c’est la racine que les hommes demandent, sous dix noms différents. Réputation ancienne d’un côté, dossier écrit de l’autre. Aucune autre plante de cette liste ne cumule les deux.

Le Mondia whitei et l’écorce d’Ankoro sont-ils les plus utilisés des dix ?

Pas nécessairement en volume, non. Le gingembre et le piment, présents dans presque tous les repas du pays, sont sans doute consommés bien plus souvent au quotidien. Ce sont en revanche les deux plantes de cette liste sur lesquelles Bakoya a choisi de construire un savoir-faire complet : une origine unique et vérifiable, une préparation constante, un mode d’emploi précis. Les huit autres restent réelles et largement utilisées, mais aucune maison ne peut garantir une origine précise pour deux cents plantes différentes en même temps. Le choix de Bakoya porte sur la profondeur de la garantie, pas sur un classement de popularité. C’est un peu la différence entre connaître dix plantes de vue et pouvoir répondre, les yeux fermés, aux questions sur deux d’entre elles.

Peut-on trouver ces dix plantes en France ?

Certaines, oui, assez facilement : le gingembre et le piment dans n’importe quel supermarché, le moringa et le baobab en poudre dans les magasins bio depuis qu’un règlement européen en a autorisé la vente, la noix de cola dans certaines épiceries africaines. D’autres sont beaucoup plus rares hors d’Afrique centrale, faute de filière d’importation organisée : le petit cola, le Mondia whitei sous son vrai nom plutôt que sous une appellation commerciale vague, et l’écorce d’Ankoro, que Bakoya importe directement du Katanga plutôt que de compter sur un intermédiaire anonyme. C’est justement cette rareté, pour les deux plantes que la maison a choisies, qui justifie de passer par une source qui connaît le village d’origine plutôt que par un revendeur qui ne saurait pas répondre à la question.

Pourquoi la science occidentale s’intéresse-t-elle à ces plantes seulement maintenant ?

Elle ne s’y intéresse pas seulement maintenant : elle s’y intéresse maintenant avec les outils qui permettent de publier une étude dans une revue internationale, ce qui est différent. Le savoir, lui, existait des générations avant le premier article scientifique sur le sujet. Ce qui a changé, c’est l’accès : des laboratoires, souvent africains eux-mêmes, ont commencé à documenter avec leurs méthodes ce que les villages savaient déjà par l’observation répétée sur des dizaines d’années. La pulpe de baobab, autorisée en Europe en 2008 seulement, était consommée en Afrique bien avant que quiconque n’imagine un jour la trouver dans un supermarché parisien. Le décalage n’est pas dans le savoir. Il est dans le temps qu’il faut à une administration pour le reconnaître par écrit.

Comment un savoir aussi ancien peut-il se perdre ?

Très simplement : une personne meurt sans avoir eu le temps, ou l’occasion, de transmettre ce qu’elle savait. La médecine traditionnelle congolaise repose largement sur la transmission orale, ce qui la rend vivante et adaptable, mais aussi fragile. Un tradipraticien qui n’a formé personne emporte avec lui des années d’observation. C’est ce risque précis qui a poussé le ministère de la Santé publique à publier, en 2011, un recueil de 126 monographies de plantes, et qui pousse aujourd’hui des chercheurs à mener des enquêtes de terrain, comme celle conduite à Kisantu et Mbanza-Ngungu auprès de 188 phytothérapeutes. Chaque enquête, chaque article comme celui-ci, chaque sachet vendu avec son origine exacte plutôt que floutée, ajoute une petite pierre contre cet oubli.

Faut-il être un tradipraticien pour utiliser correctement une de ces plantes ?

Non, mais il faut connaître au minimum trois choses : la bonne partie de la plante, la bonne préparation, et le bon rythme. Le papayer l’illustre bien, avec ses feuilles et ses graines qui ne servent pas du tout au même usage : confondre les deux ne donne aucun résultat utile. C’est exactement ce que cet article essaie de transmettre, à son échelle, pour dix plantes précises. Pas un diplôme de tradipraticien, mais assez de repères pour comprendre ce qu’on utilise et pourquoi. Pour le Mulondo et le Poutoulou, Bakoya va plus loin en détaillant, sur chaque fiche produit, le geste exact, minute par minute, plutôt que de laisser l’acheteur deviner.

Qu’est-ce qui différencie une plante vendue avec sérieux d’une autre vendue à la légère ?

Le nom, d’abord : un village, une province, une langue précise plutôt que le mot vague Afrique. Ensuite la constance : la même origine d’un sachet à l’autre, pas un fournisseur qui change selon les prix du moment. Enfin la transparence sur la partie de la plante utilisée et sur son mode de préparation, plutôt qu’une liste d’ingrédients qui reste évasive. Une maison qui peut nommer le village d’où vient sa racine ou son écorce, comme Bakoya le fait pour Kisantu et pour Ankoro, engage sa réputation sur cette précision. Une maison qui ne peut pas le faire n’a, la plupart du temps, jamais posé la question à son fournisseur.

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Article signé Bakoya.

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